La saison des impôts sera bien différente cette année. Pandémie oblige, de nombreux bouleversements auront des incidences tant sur la façon de faire la déclaration de revenus que sur son contenu.

Depuis lundi, l’Agence du revenu du Canada a commencé à envoyer les feuillets T4A concernant les prestations liées à la COVID, dont la fameuse PCU.

Imposable, celle-ci pourra occasionner bien des maux de tête, selon Isabelle Dauphin, conseillère budgétaire pour l’ACEF de l’Est, un organisme qui a pour vocation d’aider les familles dans leur budget.

«C’est certain que ça va occasionner des difficultés. Il y a un montant non négligeable à payer», résume-t-elle.

Selon ses estimations, les bénéficiaires devront rembourser 400$ par tranche de 2000$ reçu. C’est une somme très importante, surtout que les personnes qui l’ont reçue n’ont pas nécessairement pensé à mettre de l’argent de côté. Ils en avaient besoin, et l’ont donc dépensé», constate-t-elle.

Elle ajoute que les personnes l’ayant reçu à tort seront doublement pénalisées, puisqu’en plus de devoir rembourser les sommes reçus, elles verront celles-ci comptabilisées dans leurs revenus, ce qui diminuera leur crédit d’impôt ou leur prestation.

Directeur du cabinet d’experts-comptables GBCPA Inc., Giovanni Barberio prédit que la situation sera aussi difficile pour les étudiants et les jeunes travailleurs. «La plupart reçoivent des retours d’impôts. Cette année, ils devront plutôt en payer dessus. S’ils ont mis de l’argent de côté pour le faire, ce sera correct, sinon, ce sera plus compliqué.»

Vers le télétravail

Un autre grand changement survenu au cours de l’année, de très nombreuses personnes se sont tournées vers le travail, alors que les bureaux étaient fermés. Cela aura également une incidence sur la déclaration de revenus, alors que les télétravailleurs ont droit à certains remboursements d’impôt.

En novembre, le gouvernement canadien avait annoncé que les télétravailleurs auraient droit à un montant forfaitaire de 400$ applicable en déduction d’impôt.

Un changement qui simplifiera grandement la déclaration de revenus, aux dires de M. Barberio.

«La vieille méthode prenait beaucoup d’informations des contribuables pour qu’ils obtiennent le crédit. Auparavant, on devrait prendre le loyer, les assurances et Hydro, et calculer la portion qu’on utilisait pour le travail. C’était fastidieux pour le client et pour nous. En plus, ils devaient avoir une confirmation de l’employeur», résume-t-il.

L’année dernière, alors que la pandémie bousculait la société, le gouvernement a reporté la date limite à laquelle les contribuables pouvaient remettre leur déclaration de revenus. Rien n’a encore été annoncé cette année.

Les deux experts estiment cependant d’ores et déjà que la saison des impôts sera plus compliquée cette année compte tenu de la situation actuelle.

«La difficulté majeure l’an passé, c’est qu’on a commencé en présentiel et qu’on a dû basculer en virtuel pour finir, se rappelle Mme Dauphin. Le passage a été un peu difficile. Cette année, on sait à l’avance qu’on sera en virtuel. Ce sera un peu plus simple vu qu’on pourra s’organiser.»

À l’ACEF de l’Est, la demande dépasse chaque année les capacités de l’organisme à traiter les demandes. Cette année, des bénévoles se sont désistés, ce qui occasionnera davantage de travails pour ceux qui resteront.

De son côté, M. Barberio s’attend également à une plus forte demande, sans qu’il n’y ait nécessairement plus de comptables de disponibles pour la combler.

«[En raison du passage en virtuel], c’est sûr et certain que ça prendra plus de temps pour remplir les rapports d’impôts. Ce sera aussi un peu plus difficile à gérer les gens qui ne seront pas prêts», entrevoit-il déjà.

Des précisions sur la PCU

À l’Agence du revenu du Canada, on indique qu’il est encore trop tôt pour donner des informations sur les changements de cette année, alors que plusieurs détails sont encore en finalisation.

Néanmoins, celle-ci a quelques précisions concernant la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

«Pour tenir compte des erreurs commises de bonne foi, le gouvernement a indiqué d’emblée qu’il n’y aurait pas de pénalités ou d’intérêts dans les cas où la PCU doit être remboursée», indique par courriel Charles Drouin aux relations médias de l’Agence.

Il ajoute qu’une certaine flexibilité sera également offerte pour le remboursement, en fonction de la capacité de payer de chacun.

«Nous collaborerons avec les particuliers touchés au cas par cas, et nous prévoyons être en mesure de fournir plus de détails au cours des prochaines semaines», indique-t-il.

Aucune date limite pour le remboursement n’a encore été établie. «Pour de nombreux Canadiens, une décision finale sur l’admissibilité pourra être obtenue seulement après qu’ils aient produit leur déclaration de revenus de 2020 au printemps 2021», termine M. Drouin.

Les versements de la PCU sont considérés comme un revenu imposable et doivent être déclarés dans la déclaration d’impôts.

Source : Journal Métro